Retour sommaire Augereau                                                                                                            Suite page suivante

                       On ne peut retracer l'histoire de La Houssaye sans évoquer la vie, la carrière et le destin du Maréchal Augereau, Duc de Castiglione, Pair de France et Seigneur de La Houssaye pendant plus de 15 ans. Vie au demeurant fort agitée et bien remplie, carrière quelque peu contestée, mais destin qui permit de sortir La Houssaye de l'anonymat. Vie et carrière qu'il a d'ailleurs été très difficile de retracer, car plus les recherches étaient approfondies, plus les renseignements collationnés étaient contradictoires. Même une intrusion dans son dossier militaire, aux Archives Nationales de l'Armée de Terre, n'a pu éclaircir certains points! C'est donc avec le soucis et l'espoir d'avoir serré la vérité historique au plus près que cette biographie vous est proposée.
                        Pierre François Charles Augereau voit le jour à Paris, rue Mouffetard, le 21 Octobre 1757. D'après le Général Marbot (1), son père tient un commerce de fruits assez important, ce qui lui permet de donner une bonne éducation à ses trois enfants (2). Pourtant, dans la Biographie Universelle Michaud (1854), on peut lire: "... fils d'un pauvre ouvrier maçon et d'une marchande de fruits du Faubourg Saint-Marceau...", et dans le Dictionnaire de Biographie Française (1948), on trouve: "...Son père était domestique, ainsi qu'en fait foi son acte de naissance, et non maçon, comme on l'a dit souvent...". Alors que sur l'acte de naissance établi par la paroisse Médard pour l'établissement de son brevet de Général de Division, le mot "domestique" a été rayé à la plume ! (3). Sur une fiche de renseignements remplie par Augereau lui-même, il note: "né à Paris le 21 Octobre 1757 de Pierre Augereau, marchand à Paris." (3)  Sa mère, Marie Josephine Kresline, née à Munich en 1766, à la bonne habitude de ne s'adresser à son fils que dans sa langue maternelle, langue qu'Augereau maitrise parfaitement, ce qui lui sera très utile dans ses voyages comme dans ses campagnes militaires.
                        Selon les différents ouvrages consultés, Augereau était : "... un fier brigand..." (Albert Olivier: "Le Dix-Huit Brumaire"), "... un homme vaniteux, vulgaire et sans intelligence... (L.M. Horrie: "La Houssaye, Village de France"), "... un aventurier mercenaire..." (E. Franceschini; "Augereau, Sergent du Roi de France, ..."), "... un homme à la tête trop faible, mais qui n'avait pas son pareil pour un coup de main..." (Albert Duruy: "Hoche et Marceau"), "... un jeune homme inculte et querelleur..." (Colonel J. Deslaurens: "Augereau, Maréchal d'Empire"), "... un homme qui ne dédaignait pas de plier ses allures aux courants les plus favorables à ses intérêts..." (Th. Lhuillier: "Le Maréchal Augereau, propriétaire en Seine et Marne" ), "... un soldat intrépide mais indécis et pillard ..." (E. Franceschini: "Augereau"), "... Incapable de se conduire, il n'avait pas d'instruction, ni d'étendue dans l'esprit, mais il maintenait l'ordre et la discipline parmi ses soldats et il en était aimé..." (M. De Las Cases - "Portrait d'Augereau d'après Napoléon".
                        Le Général Marbot, dans ses mémoires, le décrit ainsi: ".. il était bon, poli et affectueux. ... C'était un très bon tacticien, brave et généreux. ... Il avait une tenue militaire irréprochable, toujours tiré à quatre épingles, frisé et poudré à blanc, longue queue, grandes bottes à l'écuyère des plus luisantes, et avec cela, une tournure fort martiale. ... La vie du maréchal Augereau fut des plus agitées; mais avant de la juger, il faut se reporter aux usages et coutumes de l'époque. "
Le Maréchal Marmont, plus sévère dans ses mémoires, le trouve : "... un air assez martial grâce à sa haute stature, mais de manières triviales et communes, bon camarade d'ailleurs et serviable, bon homme dans ses rapports habituels et s'occupant de ses troupes, mais hâbleur, aimant l'argent tout en ayant autant de plaisir à le donner qu'à le prendre ..."
                        En 1774, à dix-sept ans, Augereau perd sa mère et s'engage dans le Régiment Clark-Irlandais où il reste  un an. Puis il passe aux dragons de Damas en 1776 et aux dragons d'Artois la même année. C'est  déjà un très bon écuyer et un excellent tireur. Ses qualités, ainsi que sa bonne conduite, l'élèvent rapidement au grade de sous-officier. Malheureusement, sa réputation d'excellent tireur le contraint à avoir plusieurs duels, car il est de mise, chez les bretteurs, de ne souffrir aucune supériorité. Les gentilshommes, les officiers, et même les soldats, se battent pour les motifs les plus futils. De plus, il existe entre divers régiments des haines séculaires inexplicables mais bien vivantes. Ainsi, Augereau doit-il défendre son honneur à plusieurs reprises, après qu'un simulacre de querelle serve de motif à la rencontre.(1)
                        Pourtant, en 1777, un de ces duels a des conséquences tragiques pour son avenir. Un jeune officier de bonne naissance, mais d'un caractère très emporté, émet des critiques sur la manière de panser les chevaux, s'en prend à Augereau et veut le frapper de sa cravache en présence de tout l'escadron. Augereau, indigné, fait voler au loin la cravache de l'officier, qui met l'épée à la main et lui dit : "Défendez-vous !" Augereau se borne à parer mais, blessé, il finit par riposter et tue l'officier. Bien que déclaré en légitime défense par les témoins, le Général comte Malseigne, qui commande les carabiniers, juge plus convenable d'éloigner Augereau et lui permet de se rendre à Genève. Là, Augereau apprend que le conseil de guerre, malgré les déclarations des témoins, l'a condamné à mort pour avoir osé se battre contre un officier.
                        Il s'agit de la période la moins connue de la vie d'Augereau. Tous ces détails ont été puisés dans les mémoires du Général Marbot, mais beaucoup n'ont put être confirmés par aucun autre document . Sur la même fiche de renseignements citée plus haut, Augereau indique: "Entré au Service en 1774 dans Clark Irlandais. Congé acheté en 1776. Passé dans Artois Dragons en 1776. Congé acheté. Passé en Prusse, fait sous cette puissance la campagne de 1777 contre l'Autriche. Fait aussi celles en Russie contre les Turcs ... ... Il est impossible de donner les époques précises de mes services, tous mes papiers m'ayant été enlevés à Lisbonne par les suppôts de l'inquisition ainsi que je l'ai déjà déclaré dans mes précédents états." (3). D'après E. Franceschini, Augereau aurait déserté après un duel retentissant, et aurait emmené avec lui les chevaux de son capitaine qu'il aurait vendu en Suisse!...
(4)
                        Augereau se rend alors en Grèce, puis à Constantinople et sur le littoral de la Mer Noire. Il se trouve en Crimée quand un colonel russe lui offre le grade de sergent. Il accepte et sert plusieurs années dans l'armée russe, se bat contre les Turcs et est blessé à l'assaut d'Ismaïloff. Alors que son régiment est dirigé vers la Pologne, et ne voulant pas rester plus longtemps avec les Russes "à demi barbares", il déserte et gagne la Prusse. Il s'engage dans le régiment du Prince Henri puis dans le célèbre régiment du grand Frédéric où il devient un tactitien hors pair. Il y sert depuis deux ans et espère un avancement lorsque le Roi, passant sa garde en revue, le remarque. Mais, apprenant qu'il est Francais, le grand Frédéric II, qui avait fini par les détester autant qu'il les avait aimés, le traite avec mépris. Augereau réalise alors qu'il ne pourra jamais faire carrière en Prusse, décide de quitter le pays et déserte à nouveau. Il se rend à Dresde, en Allemagne, ou il donne des leçons d'escrime.  A la naissance du premier Dauphin, fils de Louis XVI, tous les déserteurs ont été amnistiés et son jugement  cassé, ce qui lui permet de revenir en France.
                        Il s'engage alors dans le régiment de Bourgogne-cavalerie et y reste quelques mois, puis on le trouve aux carabiniers où il est présenté au colonel Marquis de Poyanne qui le retient pour son régiment. En 1787, il est envoyé à Naples en tant que sous-officier instructeur dans l'armée napolitaine, et reçoit le grade de sous-lieutenant. Il y retrouve un ancien carabinier devenu valet de chambre du baron de Talleyrand, Ambassadeur de France, qui lui demande de donner des leçons d'escrime à ses fils. Après quelques années de service, il est nommé lieutenant. Puis il s'éprend de la fille d'un négociant grec, la belle Joséphine-Marie-Gabrielle Irach, et la demande en mariage. Le père désaprouve cette union et refuse son consentement.Ils se marient donc en secret. Mais les Français sont devenus suspects et impopulaires à Naples et ils  prennent le premier navire en partance. Ils se retrouvent à Lisbonne où ils vivent paisiblement pendant quelques années.
                        Pendant ce temps, la Révolution Française marche à grands pas. C'est la période de la Terreur, et les souverains européens, redoutant ses effets, deviennent rigoureux et méfiants pour tout ce qui est Français. Ainsi,  Augereau est arrêté et conduit dans les prisons de l'Inquisition. Quelques mois plus tard, Madame Augereau voit entrer dans le port un navire français. Elle se rend à bord pour remettre au capitaine une lettre informant le gouvernement français de l'arrestation arbitraire de son mari. Bien que n'appartenant pas à la marine militaire, le capitaine se rend auprès des ministres portuguais pour réclamer la libération de son compatriote. Sur leur refus, il leur déclare la guerre au nom de la France!... Effrayés par une telle réaction ou réalisant que l'emprisonnement du Français n'est pas vraiment motivé, les Portuguais libèrent Augereau qui rejoint Le Havre avec sa femme sur le navire de ce brave capitaine.
(5)
                        Rentré en France en 1792, il s'engage dans la garde nationale parisienne, sert ensuite dans un bataillon de volontaires et est nommé capitaine dans la légion germanique en septembre 1792. Arrêté un moment comme suspect et détenu à Tours, il est libéré le 12 juin 1793
(6) et envoyé comme vaguemestre général à l'Armée des Côtes de La Rochelle (7). En septembre 1793, il est nommé en Vendée comme aide de camp du général Rossignol, avec le grade de lieutenant-colonel. D'après le général Marbot, il aurait été élevé à ce grade après avoir sauvé, par ses conseils et son courage, l'armée d'un général incapable.
                        Mais, dégouté de se battre contre des Français, il demande à rejoindre l'Armée des Pyrénées Orientales. Le 27 Septembre de la même année, il est muté au camp de Miral, près de Toulouse, comme adjudant-général chef de brigade. C'est dans ce camp qu'il se lie d'amitié avec le général Marbot. Il se signale de telle façon que le 23 Décembre 1793, alors qu'il a à peine deux mois de grade, il est promu général de division et placé, le 12 Janvier 1794, à la tête de l'une des unités de l'armée de Dugommier. Il se distingue à plusieurs reprises au sein de cette armée durant la campagne de Catalogne, en prenant une part importante aux combats du pont de Céret le 1er Mai 1794 et de Saint-Laurent de la Mauga où il est blessé de plusieurs balles le 13 Août. Dans la Montagne Noire en Novembre, il assiège Figuières et couvre le siège de Roses. Puis c'est le siège de Pampelune, contraignant l'Espagne à traiter, en juillet 1795.
                        C'est pendant cette campagne qu'il compte dans son régiment un certain soldat "Sans Gêne", devenu la célèbre "Madame Sans Gène", épouse du maréchal Lefèbvre et dame de compagnie de l'Impératrice Joséphine, avant de devenir celle de Madame Augereau. C'est pendant cette campagne également que sa femme, comme beaucoup de femmes d'officiers et de soldat, décide de le suivre dans ses campagnes, faisant preuve d'un courage et d'une robustesse étonnants, montant à cheval en écuyer et tirant le pistolet à la perfection. Elle le suivra également pendant la campagne d' Italie.
(8)
                        La paix signée avec l'Espagne, la division Augereau, forte de 12 000 hommes, est envoyée en Italie pour renforcer les troupes de Schérer en difficulté. La campagne d'Italie commence, et c'est un nouveau théâtre d'opération qui attend Augereau. Il va y affirmer ses qualités de commandant et acquérir des titres de gloire impérissables.  Il se fait déjà remarquer lors de la victoire de Loano, les 24 et 25 Novembre 1795. L'année suivante, l'armée d'Italie passe sous le commandement de Bonaparte. C'est une armée exangue, connaissant la misère morale et matérielle, aux prises avec le fléau de la désertion, qu'il est chargé de mener au combat. Augereau attire tout de suite l'attention du nouveau général par son esprit de décision et son intrépidité, et il est placé à la tête de la première division du corps de bataille de l'armée. A la suite d'une marche forcée, il prend les gorges de Millésimo le 13 avril 1796, chasse les Autrichiens de plusieurs positions, enveloppe une de leurs divisions commandée par Provera et contraint ce général à capituler.
                        Puis ce sont les victoires de Dégo et de Montelesimo, qui assurent la séparation de l'armée sarde de l'armée autrichienne. Il emporte ensuite le camp retranché de Ceva, défendu par les piémontais, ainsi que les villes d'Alba et de Casale. Un peu plus tard, sur le pont de Lodi, voyant les soldats hésiter, il se précipite sous le feu des batteries autrichiennes. Son audace encourage les troupes et la position est enlevée. Chargé d'une expédition contre les Etats Pontificaux, il occupe Peschéria le 30 mai, passe le Pô, s'empare de Bologne, capture 400 soldats avec le Cardinal legat et son état-major, et oblige ainsi le Pape à se soumettre. Le pillage de la ville de Lugo, où les habitants se révoltent contre l'occupation française, est malheureusement un triste épisode dont sa réputation aura beaucoup à souffrir.
                        En effet, si Augereau se couvre de gloire par sa valeur militaire et son courage au combat, il se rend très impopulaire par sa cruauté, ses exactions et ses pillages, provoquant le mépris des soldats et la haine des peuples vaincus. Le "fourgon d'Augereau", c'est à dire les voitures dans lesquelles il transporte son butin personnel et celui qu'il achète à bas prix à ses soldats, devient légendaire dans toute l'armée, et est aussi redouté de l'ennemi que son épée. Cette réputation de "brigand" ne cessera de le suivre, sinon de le précéder, au cours de toutes ses campagne.
                        En juillet, alors que le général Autrichien Wurmser menace les communications de Bonaparte sous les murs de Mantoue avec une puissante armée, celui-ci convoque un conseil de guerre
(9) et décide la retraite. Seul de tous les généraux qui, y compris Masséna, approuvaient cette décision, Augereau sait convaincre le général en chef que, non seulement la retraite était inutile et dangereuse, mais qu'une contre-offensive pouvait être victorieuse. Il développe alors un plan d'attaque et termine en disant: "Dussiez-vous tous partir, je reste et, avec ma division, j'attaque l'ennemi au point du jour!" Bonaparte, impressionné, lui répond : "Eh bien! Je resterai avec toi!" (1) Le 31 juillet 1796, il passe à la contre-attaque, il rétablit les communications de l'armée avec Vérone et reprend Brescia. Le surlendemain, il arrive au contact des Autrichiens à Castiglione. Le 3 août Augereau lance son offensive, et le soir, il installe son quartier général à Castiglione. Le lendemain Bonaparte arrive dans la ville et se jette dans ses bras en lui disant :" Vous aviez bien raison, c'est dans la journée d'hier que j'ai reconnu mes vrais amis!" Il donne aussitôt des ordres pour lancer une bataille générale. C'est la mémorable bataille de Castiglione à laquelle Augereau prend à nouveau une part décisive, repoussant pendant deux jours les attaques répétées de l'ennemi. C'est une victoire éclatante qui consolide pour longtemps la position des armées Françaises en Italie et plus tard, lorsque quelqu'un se permetra de critiquer Augereau devant lui, Bonaparte répondra : "N'oubliez pas qu'il nous a sauvés à Castiglione!." Cette époque est sans nul doute la plus glorieuse de la longue carrière militaire d'Augereau.
                        Ensuite, ce sont les victoires de Scagnolo, de Roveredo, de Bassano, puis les trois glorieuses journées d'Arcole, les 15, 16 et 17 novembre 1796. C'est au cours de cette bataille historique, alors que les colonnes françaises, immobilisées durant toute une journée devant un petit pont reculent en désordre sous le feu des Autrichiens, que le général Augereau saisit un drapeau et s'élance sur l'ennemi en l'agitant. Bonaparte se porte alors à la tête de la Division Augereau avec tout son état-major, empoigne lui aussi un drapeau et s'élance à son tour sur le pont. Par cette action héroïque, Augereau détermine une charge qui décide de la victoire la plus extraordinaire et la plus glorieuse qu'ait obtenue cette armée.
                        Les rapports sont tellement flatteurs pour Augereau, que le corps législatif lui décerne le drapeau qui fut l'instrument de sa gloire, et que le Directoire y joint ses éloges particuliers. "... Le corps législatif, frappé de votre généreux dévouement et de votre intrépidité à la journée d'Arcole, a décrété, Citoyen Général, que le drapeau qui a été l'instrument de votre courage, en serait la récompense..."
(3) Bonaparte le choisit pour porter à Paris les 60 drapeaux saisis aux Autrichiens, et cette présentation a lieu en grande pompe le 28 février 1797.
                        Dans toute cette campagne, Augereau a fait preuve de toutes les qualités d'un bon général de division, d'un courage à toute épreuve et de talents naturels pour conduire un corps d'armée. Mais l'absence totale d'instruction, son caractère difficile et son esprit borné, sans oublier sa réputation de pillard avide, le rendent incapable  de tenir des fonctions de général en chef, et toute sa carrière sera marquée par ces défauts trop accusés.
                        C'est pourtant à ces défauts, qu'il doit la confiance des membres les plus influents du Directoire. En effet, inquiets par les agissements du général Hoche et d'une faction à tendances royalistes, ceux-ci ont plus besoin d'un instrument que d'un chef. Commence alors une période trouble et agitée, jalonnée  de nombreux coups d'état. Hoche est éloigné de Paris. En août 1797, Augereau, avec la recommandation de Bonaparte qui croit le connaître assez pour pouvoir le manipuler à sa guise, est appelé à le remplacer et reçoit le commandement de la division de Paris, la Garde Nationale. Il devient ainsi, presque malgré lui
(10), l'instrument du complot des Jacobins projeté contre les deux  Assemblées, dont les menées royalistes étaient une menace pour la toute jeune République. Il n'est alors en effet qu'un soldat, connu seulement par l'exaltation de ses opinions révolutionaires, ne s'étant pas encore prononcé pour aucun parti, et n'éveillant la défiance de personne. Sa conduite, jusqu'au 18 Fructidor (4 septembre 1797), est assez prudente. Mais au cours de cette journée décisive, il exécute avec autant d'audace que de ponctualité, tous les ordres du triumvirat directorial. Ainsi, il fait cerner les salles des Conseils par ses troupes et procède à l'arrestation des généraux Pichegru, Willot ainsi que d'un grand nombre de députés. Dès le lendemain, le corps législatif ainsi décimé prononce la peine de déportation contre les vaincus, et salue Augereau du titre pompeux de "sauveur de la Patrie".
                        Pourtant, celui-ci espérait quelque chose de plus substantiel. On lui avait laissé entendre qu'il pouvait compter sur la place d'un des deux directeurs destitués,
(11)  mais il s'agissait là d'un leurre. Porté sur la liste des candidats, il n'obtient qu'une seule voix. Il exprime alors si vivement son mécontentement que, pour le dédommager autant que pour l'éloigner de Paris, le Directoire Exécutif, le 23 septembre 1797, lui donne le commandement en chef des deux armées de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle dont Hoche, le général en chef, vient de mourir.
                        Augereau n'est pas dupe, et l'ambition commence à le gagner. Il a vu de trop près la faiblesse du gouvernement pour ne pas avoir compris à quel point il peut être facile, pour un militaire audacieux et entreprenant, de renverser ce pouvoir. Il comprend également qu'il trouvera désormais sur son chemin un homme plus habile et mieux placé que lui - Bonaparte - et il commence à nourrir contre lui une haine secrète. De son quartier général d'Offenbourg, il entretient une correspondance avec les chefs d'un parti composé de démagogues actifs et d'hommes avides de pouvoir.
(12) Puis il fomente des mouvements de révolte dans le Brisgaw et la Soulabe, provinces Allemandes. Bonaparte, informé de ces menées, par le ministère Autrichiens, les dénonce au Directoire qui, très embarrassé entre deux hommes qui lui paraissent redoutables, décide de sacrifier Augereau. En janvier 1798, sous prétexte d'organiser une expédition contre le Portugal, il est envoyé commander la division de Perpignan.

                                                                                                                                          Serge Randon - Mai 1999

NOTES                                                                                                             

1 - Mémoires du Général Marbot. Le Général Baron de Marbot fut l'aide de camp et l'ami du Maréchal Augereau. Ses "Mémoires", édités en 1891,sont      l'un des très grands classiques des Mémoires de l'Empire, mais firent l'objet de nombreuses et sévères critiques. Ernest Daudet le trouva "entraîné      par son imagination romanesque", Emile Bourgeois contesta la véracité de quelques épisodes, et P. Conard, plus dur encore, écrivit: "Les détails      nouveaux  qu'on  peut lui emprunter sont suspects, le reste n'est pas de lui".
2 - Augereau avait un frère et une sœur. Son frère cadet, Jean-Pierre, né en 1772, fut son aide de camp à l'Armée d'Italie. Nommé général de brigade en      mai 1804 il fut créé baron de l'Empire en mai 1811. Sa sœur épousa le général de brigade André Commes.
3 - Archives de l'Armée de Terre
4 - E. Franceschini "Dictionnaire de biographie française". Franceschini précise : "Il est assez difficile  d'ailleurs de      donner avec précision ses premiers      états de service qui ne se trouvent nulle-part, et lui-même, à différentes époques, à donné des renseignements assez vagues et contradictoires."
5 - Toujours d'après les mémoires du Général Marbot, mais il n'a pas été possible de trouver la confirmation
      de ces faits. C'est pendant cette période qu'Augereau aurait été dépouillé de ses papiers militaires.
6 - La levée d'écrou se trouve aux archives militaires de l'Armée de Terre
7 - Officier chargé des équipages de l'armée citée.
8 - "La Houssaye, Village de France" - Louis-Marie Horrie
9 -  Le seul qu'il ait jamais consulté d'après le Général Marbot.
10 - "... On avait d'ailleurs un excellent instrument sous la main, Augereau, qui ne demandait qu'à marcher, et qui n'était pas homme, une fois dans la       place, à la garder..." - Hoche et Marceau, par  Albert Dury.
11 - Carnot, qui réussit à s'enfuir, et Barthélémy qui fut emprisonné.
12 - Dans "Les mémoires tirés des papiers d'un homme d'état" (Paris - 1832), on trouve une lettre écrite par Augereau à l'adjudant général Izar, son       correspondant à Paris.Cette lettre et quelques autres documents nous renseigne sur les intrigues des personnages les plus influents de cette époque, et       surtout sur celles d'Augereau.

 

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