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                    Dans son livre " Le grenier de Paris ",  Jean-Michel DEREX écrit, pour la période du 13ème siècle : "MISE EN PLACE DU SYSTEME FEODAL :...  Tous les secteurs de la société étaient aux mains de quelques familles, comme aux temps mérovingiens. Elles s'arrachaient les honneurs et se livraient, entre elles, une lutte sans merci. Très vite, la campagne se hérissa de châteaux forts. A l'origine, vers l'an mille, la demeure seigneuiriale n'était qu'une tour faite de bois, dressée sur une motte (1) et ceinte d'un fossé. Tout autour, une enceinte de vaste rayon formait la basse-cour... Les très grands châteaux étaient, dans notre pays, distants de dix à vingt kilomètres. Au sud d'une Marne contrôlée par le château de Meaux et celui de La Ferté-sous-Jouarre, les forteresses de Coulommiers, de Mortcerf, de la Ferté-Gaucher, de Jouy-le-Chatel, de La Houssaye en Brie, de Crécy et de Crèvecour, assuraient la protection des campagnes...."
                    De même, pour la période du 14° siècle, on peut lire: "
LES SIX PLAIES DU PAYS ... Dans son ouvre destructrice, la peste trouva une alliée efficace: la guerre. ... Les troupes dévastèrent alors la région meldoise. En novembre 1357, les Anglais réapparurent aux côtés des Navarrais. ... L'enjeu de la lutte était important : faire le blocus de Paris en s'emparant des forteresses commandant les rivières par lesquelles la capitale recevait ses vivres. ... Les Navarrais accupaient Lagny, Chelles, Jouarre, Coulommiers,les châteaux de Mortcerf, de La Houssaye et de Oissery.."
                    Ce sont là les rares traces du château de La Houssaye que nous ayons pu trouver dans les archives pour la période féodale, jusqu'au 15° siècle. Pourtant, il y a quelques années, après un repérage par photo aérienne, Mademoiselle Jacqueline
SOYER, de l'Institut Géographique National (2), écrivait à Madame BELLANGER, alors propriétaire du Château : "Lors de notre visite, nous avons eu, mon collègue et moi, grâce à votre bienveillance, la chance de découvrir dans votre propriété, une des plus belles motte en terre que nous ayons eu l'occasion de rencontrer jusqu'à ce jour dans nos recherches. Elle se trouve située au sud de votre parc. Entièrement entourée d'eau, elle forme une île reliée à la terre ferme par un passage qui semble construit..." Cette motte est située au Sud-Ouest du parc, près de la Départementale 436, et il ne fait aucun doute qu'elle ait été l'assise de l'ancien "domus fortis" inventorié dès 1172 aux Féoda Campani (3). Ainsi, le château que nous connaissons a très vraisemblablement été construit à la fin de l'époque féodale, vers la fin du 13ème siècle, sur le site d'une ancienne forteresse élevée, elle, entre le 9ème et le 11 ème siècle.                 
                    De cette époque, il ne parait rester que deux tours d'angle qui semblent réellement dater du 13ème siècle, ainsi que deux socles en avancée sur les douves, au nord et au sud, qui semblent être les fondations de deux autres tours. Le
donjon carré et trapu, qu'un pont en pierre à quatre arches relie à la berge, parait remonter, lui , au 15° siècle. Au travers des siècles, il a gardé sa destination première d'entrée principale du château, et conserve encore dans ses murs la traces de deux rainures profondes où venaient s'encastrer les supports du pont-levis. Symbole de l'importance féodale du château de La Houssaye, les 4500 cases de son pigeonnier, avec son échelle tournante qui repose sur un pillier roman et dont les plus hautes marches permettent d'atteindre jusqu'aux plus hautes niches.
                  Décentré à l'angle sud est, entouré par de larges douves maçonnées, et relié également à la berge par un pont en pierre à quatre arches, le château parait isolé depuis la suppression des dépendances qui l'entouraient. En effet, d'après un plan établi au début du 17ème siècle, il existait un bâtiment sur toute la longeur de la douve Nord, s'appuyant sur trois tours (dont celle du Nord-Est qui a résisté au temps) avec une aile en retour rejoignant le corps de logis actuel. Ce bâtiment servait probablement de cuisine et d'office. Sur ce même plan, le long de la douve Sud, contre la tour dont on voit encore la base, on distingue également un autre petit bâtiment.
                Un inventaire, dressé le 7 mars 1781 à l'occasion de la vente du château par Antoine Louis Bellanger et son épouse à Messire Estienne Gigault de Crisenoy, confirme l'existance de ces bâtiments annexes: " Dans une serre à côté des caves, 35 orangers dans leurs caisses ... Dans une autre serre dite "l'office", 15 autres orangers ... Dans une autre serre à côté de l'office, deux mauvaises chaudières ... Dans la cuisine ayant vue sur les fossés, deux trépieds et une tenaille ... Dans l'office à côté de la salle à manger, 10 cuvettes et plats ... Dans le fruitier attenant, un poêle cassé ... Dans la chapelle, huit pièces de vieille siamoise rayée ... Dans une serre à côté de la chapelle, bois en grume ... Dans la boulangerie, un fléau en fer ... Dans le bâtiment du jardinier, quatre arrosoirs ..."  Autant de bâtiments et d'annexes construits et transformés par plusieurs générations de seigneurs et qui ont disparus au fil des ans.
               La façade arrière, de l'époque Renaissance, plonge dans les eaux des douves. Ses élégantes ouvertures, festonnées de briques roses, s'élèvent entre des tables de meulière. Un double chaînage de briques souligne toute cette façade au niveau du premier étage. Un second chaînage, également de briques, forme corniche où viennent prendre appui les jambages des fenêtres qui éclairent les combles. La facade principale, ouvrant sur la cour d'honneur, avec ses deux ailes en saillie, ses fenêtres à clé et à sommiers, sa mosaïque de pierre et de briques, se rattache davantage à l'époque Henri 5 où Louis 13. (4)
               Un parc d'environ 60 hectares entoure le château, parc que Monsieur Plumard de Dangeul agrandit, de 1765 à 1777 du côté de La Houssiette, par de nombreux échanges avec les habitants du village. Par privilège, les habitants de La Houssaye pouvaient emprunter un chemin  direct de l'intérieur du village à la grande route par la Porte de Tournan, surnommée "la grille". Malheureusement, au fil des temps, la commune a laissé se perdre ce droit important. De même qu'elle a abandonné celui de faire la fête patronale dans le parc, aux abords du château, par suite d'une cession de terrain que lui a fait Monsieur de Mimont lors de l'agrandissement de la place communale (5).
                C'est dans ce parc, au milieu des pelouses, devant les fenêtres du grand salon, que le Maréchal Augereau fit inhumer Gabrielle Irach, sa première femme. Et c'est au fond de ce parc, du côté de La Houssiette, que sa seconde épouse, Adélaïde-Joséphine de Chavanges, gênée par la vue de ce monument carré aux angles supérieurs arrondis, et surmonté d'une urne, le fit transférer.
                Les nombreuses dégradations infligées au château au cours des guerres, des révoltes et de la révolution, mais aussi et surtout l'incurie de certains seigneurs ainsi que le soucis de modernisation et de confort des propriétaires successifs expliquent ses nombreuses transformations. Il faut dire qu'entre l'année 1522, date à laquelle Gérard Lecoq achète le château à Méry Bureau, et l'année 1988, date à laquelle Monsieur Michel Baudoin en fait l'acquisition, soit environ 470 ans, il n'aura connu pas moins de 23 propriétaires, dont 10 seulement par succession !
                  De plus, bien souvent, les seigneurs de La Houssaye, possédant d'autres seigneuries ou charges royales, désertaient le château. Ainsi par exemple, en 1620, François de Monceaux, seigneur de La Houssaye mais aussi deVillers, Houdan et Bésigny, était également Vice-Amiral en Normandie et Gouverneur de la Ville, Château et Citadelle de Dieppe. De même en 1685, Pierre de Lannion, seigneur de La Houssaye, était également Vicomte de Rennes, Baron et Pair de Bretagne, Commandant de la Noblesse et Maréchal de Camp, et en 1740, le seigneur Louis de Coëtlogon, Chevalier Comte de Coëtlogon, Vicomte de Loyat et autres lieux, remplissait les charges de Brigadier des Armées du Roi et enseigne des Mousquetaires de la garde à cheval de Sa Majesté!
 Le 10 décembre 1777, apès la mort de Louis Plumard de Dangeul, son gendre Antoine-Louis Bellanger fait dresser un inventaire et apposer les scellés sur le château qui reste ainsi totalement inhabité pendant plus de trois ans. Un état d'évaluation des revenus de la terre et de la seigneurie est établi en septembre 1779 et envoyé à Monsieur Bellanger en vue de la vente à Messire Estienne Gigault de Crisenoy.
                Ce n'est qu'à partir de 1781 que le château prit réellement vie avec le Baron  Gigault de Crisenoy qui, contrairement aux seigneurs précédents, en fit sa principale résidence, délaissant pour cela la Baronnie de Croisenoy, acquise en 1754. Fidèle à la devise des Gigault " Je garde et je regarde " (6), il consacra des sommes importantes à sa restauration et à son embellissement pour le rendre à nouveau habitable. A son décès, son fils Charles Catherine continua son ouvre. Pendant la Terreur, la famille Gigault de Crisenoy ne semble pas avoir été inquiétée et garda résidence au château. Achile Etienne Marie Gigault de Crisenoy, le frère et héritier de Charles, continua baux et transactions et augmenta son patrimoine. Son deuxième fils, Amédée Prosper naquit même au château en 1795. Puis, en Avril 1800, après la mise en place de l'administration du département par la loi du 17 Février 1800, Achile Gigault de Crisenoy devient le premier Président du Conseil Général de la Seine et Marne. Le 5 Avril 1801, il vend terre et Château au Maréchal Augereau, Duc de Castiglione.
               Riche d'un butin de rapines glané au cours de ses campagnes à travers l'Europe, et  après ses nombreux déboires, tant militaires que politiques (7), Augereau sent la nécessité de prendre du recul. En achetant le château et la seigneurie de La Houssaye, cela lui permet de rester à proximité de Paris et de suivre de près l'évolution des évènements. C'est également, pour sa femme, fatiguée et malade, l'occasion de se reposer loin des rumeurs et de l'agitation de la ville.
                Le château fut embelli, meublé et décoré de tableaux (scènes militaires, portraits, toiles rapportées de l'étranger). Augereau y séjournait dès que les évènements lui en laissaient le loisir, et y menait grand train de vie. Bien souvent, son séjour était l'occasion de fêtes quelque peu bruyantes, aidé en cela par la gouaille d'une certaine ex-blanchisseuse devenue Maréchale Lefebvre, alias Madame Sans-Gène. A eux deux, par exemple, ils auraient glissé, un soir, un manequin en bois à chevelure blonde dans le lit du curé de La Housaye, qui cria au scandale mais fut le premier à en rire. "Nous nous amusions le plus possible, car nous pensions que rien n'étant plus incertain que la vie des militaires, ils doivent s'empresser d'en jouir" disait-il en philosophe. (8)
               Le 28 Juin, Napoléon assista à l'une de ces fêtes. Après le feu d'artifice, il se coucha tout habillé pendant quelques heures et partit de La Houssaye à trois heures du matin. " Si vous saviez, Sire, comme il fait bon vivre à La Houssaye! " , lui répondit un jour le Maréchal, au cours d'une de ses visites. Le 10 Messidor An 12, (20 Juin 1804) au lendemain de la proclamation de l'empire, une nouvelle fête eut lieu chez le Maréchel Augereau, accompagnée de  réjouissances publiques. L'Empereur s'y rendit de Fontainebleau avec sa "Cour", et la Feuille Hebdomadaire de Seine et Marne du 19 Messidor constate que plus de 10.000 citoyens se sont portés ce jour là à La Houssaye. (9) Le Maréchal, pour sa part, et afin de célébrer l'évènement, fit don de trois petits canons à la ville de Tournan pour tirer une salve au passage de l'Empereur. (10) Jamais, sans doute, le château de La Houssaye ne connut autant d'animation que pendant cette période.
                Le Maréchal Augereau, duc de Castiglione, succomba en 1816, léguant tous ses biens par testament olographe à sa seconde épouse, Adélaïde de Chavange. En 1817, pour pouvoir règler, selon les termes du testament, la somme de cent mille francs à son beau-frère, le Baron Augereau, ainsi qu'à Adolphe Dupin, neveu du Maréchal, Adélaïde vendit le château et ses dépendances, mais aussi le mobilier, la galerie de tableaux et les ouvres d'art, à Monsieur Alexandre-Christian Becker, agent du roi du Danemark.
                Monsieur et Madame Becker habitèrent également le château et eurent deux filles. L'une, Marthe, épousa Félix de Mimont, l'autre, Amanda, le Baron de Bussière. Plusieurs enfants naquirent de ces unions, et les partages imposés par la loi des successions mit fin à ce qui fut, pendant sept siècles, la seigneurie de La Houssaye. A la mort de Monsieur Becker, ses deux gendres se partagèrent les fonds. Le château,  mis en vente, fut acheté par  Félix de Mimont. A son décès, il revint par héritage à Monsieur et Madame de Mimont-Becker puis à l'un de leurs trois fils resté célibataire, Charles Quentin de Mimont,  ses deux frères étant décédés prématurément. Le château  abrita ainsi  la famille de Mimont jusqu'en 1920.
               Le 8 Juin 1920, Charles Quentin de Mimont vend le château à la société de l'Union Forestière de Paris représentée par Guyot Lechien et Compagnie. En Janvier 1921, la société propose de vendre à la commune 5000 m2 de terrain pour l'agrandissement de la place publique. Puis en Février de la même année, la société forestière offre de vendre à la commune, outre le terrain déjà proposé, le château avec les fossés et une bande de terrain avoisinant la route de Tournan et la route de la Charmille, l'ensemble moyennant la somme de 150 000 francs. Le conseil municipal, considérant que le prix d'achat élevé, ainsi que les frais d'aménagement et d'entretien d'une telle propriété, représenteraient une somme qui dépasserait de beaucoup la capacité financière de la commune, a du refuser la proposition.
(12) Le château resta donc à l'abandon mais de larges coupes étaient faites dans le parc.
En 1926, Monsieur Kirsch Catani achetait la propriété dans le but d'en faire un immense lotissement. Mais ses projets étaient si scandaleux pour la survie du parc et l'environnement du château que l'administration préfectorale dût les repousser définitivement en 1936. Heureusement, en son temps, Monsieur de Mimont avait pris la précaution d'interdire, "expressément et à perpétuité", à tout futur acquéreur, de construire dans certaines parties de la propriété. (11) Peut-être le petit grain de sable qui sauva ces lieux historiques! Toujours est-il que Monsieur Kirsch eut bien du mal à payer les frais et les impôts d'une telle propriété, malgré les poursuites engagées contre lui par la municipalité. (12) Aussi, pendant toutes ces années, la misère continua à s'installer et le château ne connut qu'abandon et délabrement!
                C'est d'ailleurs son état d'abandon et de délabrement qui dût le faire choisir par l'administration pour le réquisitionner, en Août 1937, afin d'y loger 300 réfugiés espagnols. "...Actuellement, des soldats venus de Coulommiers, bourrent des paillasses qu'on alignera le long des murs des pièces pour y coucher les réfugiés... L'adjoint au Maire, qui me faisait visiter, me disait : - Nous avons dû nous procurer du fil barbelé. Pour le maintenir, on va tailler des pieux indispensables en coupant encore des arbres dans le parc. - Près de nous, des manouvres plantent des clous dans les balustres de brique du vieux pont qui enjambe le fossé...(13)  
                C'en était donc fini du charme de cette vieille et noble demeure, au passé si chargé de souvenirs, et qui se dégradait inexorablement au fil des ans. Le bâtiment principal avait beaucoup souffert. Les toits, crevés par l'affaissement des charpentes, laissaient filtrer l'eau dans les appartements. Ce n'était plus qu'une magnifique carcasse déserte qui n'abritait plus que des plafonds béants et des cloisons écroulées. Les communs et  l'orangerie, bâtisses au cachet vieillot, à moitié enfouies sous la végétation, commençaient à s'écrouler. Encore quelques années, et le temps aurait raison de l'histoire! " Comment ne s'est-il jamais trouvé un riche connaisseur pour sauver de la ruine un pareil domaine ? ", écrivait  Jean Clair-Guyot dans son article en 1937.(13)
                Ce riche connaisseur, il s'appelait Jacques Bellanger et passait par hasard dans la région, un jour de printemps 1939, quand il lut sur un panneau " La Houssaye, 5 kilomètres ". Ce fut le déclic! Sa grand-mère lui avait confié un jour : " Nos ancêtres étaient nobles. Avant la Révolution, ils possédaient un château à La Houssaye, près de Paris. " Il décida de vérifier cette histoire et ... C'était vrai!... Antoine Louis Bellanger, Seigneur de La Houssaye en 1777, époux de Marie Françoise Plumard de Dangeul, fille de Louis Joseph Plumard de Dangeul, était bien son ancêtre! Quelques semaines plus tard, alors que Joséphine Baker était en pourparlers pour acheter la propriété, Jacques Bellanger recevait des mains du notaires les clefs du château, ou du moins de ce qui en restait, mais également une masse de parchemins jaunis, précieux témoins de toute son  histoire depuis le 16ème siècle.
               A partir de ce jour, et pendant trente ans, Jacques Bellanger se passionna pour sa demeure historique. Il occupa tous ses loisirs à défricher le parc et à redonner de ses mains, tout son éclat au château. Il fut tour à tour : maçon, carreleur, menuisier, ébéniste, tailleur de pierre, peintre,  doreur, vernisseur, tapissier, mais aussi terrassier, jardinier... Long, très long travail de restauration et de décoration, partagé également, à partir de 1954, par "Bijou", sa jeune femme, arrachée à la haute couture, et qui renonça elle aussi à la vie mondaine pour faire sienne la passion de son mari. Restauration dans le vrai sens du terme puisque chaque moulure, chaque boiserie, chaque  meuble, chaque tapisserie, chaque objet était digne de figurer dans un musée. Au point de risquer de se faire expulser du musée de Cluny, parce qu'il s'intéressait de trop près, armé d'un pied à coulisse et d'une équerre, à un encadrement de pierre qu'il voulait reproduire!
              " - Nous avons tout fait de nos mains, ma femme et moi, avait négligemment annoncé le maître des lieux, avant de faire visiter sa demeure à son invité." Ce fut plus fort que lui. Figé au seuil de la seconde pièce, Bernard Buffet lanca : " - Combien me demanderiez-vous pour me refaire ça dans mon château de l'Arc ? Ça? L'immense salle à manger haute époque du château ... Une pièce qui vous flanque un coup de poing à l'estomac, quand on aime sauter quatre ou cinq siècles en arrière, avec ses coffres, ses boiseries, ses statuettes gothiques, sa cheminée géante où, ce jour là, tournait à la broche un cuissot de sanglier. - Combien je vous demanderais? Vingt cinq ans de vie, répliqua Jacques Bellanger, le châtelain. Déjà Buffet, conscient de sa gaffe, bafouillait une excuse. Les deux hommes éclatèrent de rire"
(14). C'était un des souvenirs cocasses du "Chatelain de La Houssaye". Souvenir épique des "Trois Mousquetaires" puisque c'est dans ce cadre magnifique qu'André Hunnebelle choisit de tourner son film. Souvenir aussi du long séjour qu'Arlety passa au château, ce château dont Jean Cocteau disait quelques semaines avant sa mort : " S'il me fallait refaire "La Belle et la Bête" pour le cinéma, c'est ici, à La Houssaye, que je le referais."
             Trente ans, c'est le temps que la vie a donné à Jacque Bellanger pour assouvir sa passion. Disparu bien trop tôt en 1969, il laisse le souvenir de celui qui, par son goût et sa culture, a sauvé le château de La Houssaye du triste sort qui eut été le sien. Madame Bellanger lui resta filèle jusqu'en 1985 mais, écrasée par les frais et les charges, elle dut se résoudre à le mettre en vente pour éviter qu'il ne retourne à son état d'abandon.
             Monsieur Michel Baudoin en fit l'acquisition en 1988 et d'emblée, il prit le parti de le sortir un peu de son isolement. Il transforma l'orangerie en bureau, et fit abattre les murs d'enceinte de la façade pour en dégager la vue.  Puis, grâce à des échanges de terrain avec la municipalité qui vont permettre l'agrandissement de la place du village, le château ne se cache plus et devient vraiment le château de La Houssaye.                                            

                                                                                                                        Serge Randon - Septembre 1997
 
 NOTES                                                                                                                                                                         
1 - Motte : Butte servant d'assise à une forteresse ou à un château féodal, souvent formée par la terre du fossé qui l'entoure.
 2 - Dans sa communication au colloque international d'archéologie aérienne de 1963 , Mademoiselle Soyer déclarait: "Beaucoup de châteaux actuels s'élèvent à l'endroit de l'ancienne fortification, d'autres en ont conservé la trace dans leur parc, sous forme de motte ou de bosquet, et ont été construits à côté... Il nous reste ainsi, pour dater ces formes, la période comprise grosso modo entre le 6ème et le  11ème siècle...." Les textes cités nous permettent de penser qu'il s'agit des 9ème et 10ème siècles..."
3 - Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie 1172 - 1361 publiés par Auguste Longnon - Tome I "Les  Fiefs"
4 - Description empruntée à Louis-Marie Horrie " La Houssaye, village de France "
5 - Fontaine - Notice historique
6 - Historique de Crisenoy par François d'Augerville.
7 - Je consacrerai un article à Pierre Charles François Augereau, Duc de Castiglione, Maréchal d'Empire et Seigneur de La Houssaye.
8 - Chronique historique - Alexandre Keller
9 - Th. Lhuillier - L'amateur d'autographe - N° 395 Mai-Octobre 1888.
10 - Conservés à la mairie de Tournan, il s'agit d'espingoles, petits canon de marine montés sur un axe.
11 - Acte de vente du 8 juin 1920 entre M. de Mimont et la Société de l'Union Forestière de Paris.
12 - Archives communales
13 - Utilisation imprévu d'un château historique - Jean Clair-Guyot  (L'écho de Paris du 18 Août 1937)
14 - Passage extrait du reportage "Les châtelains artisans" de Madeleine Franck
 

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