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Quelques précisions sur le Limodin

               Lorsque j’ai commencé cette étude, j’ai pu lire, dans tous les ouvrages consultés, que le manoir du Petit Limodin, situé rue du Limodin, sur la commune de La Houssaye, avait été la demeure du poète Etienne Jodelle. En consultant bon nombre d’archives, dont celles du château de La Houssaye, je me suis rendu compte que cette hypothèse était fausse. En réalité, celui-ci vivait au « Grand Limodin », Terre de « La Grande Jodelle », « Terroir des Chapelles Bourbon ». Après la mort d’Etienne Jodelle, sa propriété du Grand Limodin est vendue aux enchères le 5 mai 1574 avec une mise à prix de 500 livres. Elle est adjugée 1700 livres à son cousin Jean Drouet, celui-là même qui couvrit les frais d’obsèques de poète. Le 15 septembre 1576, Jean Drouet vend la propriété du Grand Limodin à Jean de Monceaux, seigneur de La Houssaye, et damoiselle Jeanne de la Haie sa femme. Sur l’acte de vente, la propriété est décrite ainsi :
              Une maison contenant long corps d’hôtel de quatre travées de long appliquées à salette garnie d’un four, un cellier à l’un des côtés de ladite salette et une étable à l’autre côté, une chambre sur ledit cellier et dessus de ladite salette, étable et grenier ; aussi, sis hors venue, un grand édifice de grange de six travées de long, l’une de ces travées appliquée à bergerie par un bout et par l’autre à étable à vaches ; un appentis appliqué contre l’un des pignons de ladite grange, servant d ‘étable et toit à porcs ; une grande cour close de fossés et haies vives …
              Item, cent onze arpents tant terres que prés au lieu dit « Le grand Limodin » tenant d’une part au grand chemin qui tend du dit lieu à la Houssaye, d’autre part aux seigneurs du dit lieu des Chapelles, aboutissant d’un bout au grand chemin qui conduit de Tournan à La Houssaye et d’autre bout au chemin qui tend de la ferme de Beaumarchais au « Petit Limodin ».
              Au fil des ans, la maison a disparu mais d’après le biographe et poète Adolphe Van Bever il restait, au début du 20ème siècle, un vieux puits qui aurait pu être tout ce qui en restait. Sur la carte Cassini n° 1 (Paris) établie en 1736, on peut voir le lieu-dit « La Jodelle » sur le territoire des Chapelles Bourbon. Sur l’acte de vente des terres et seigneuries de La Houssaye, établi le 14 juin 1760 entre Marie Madeleine de Johanne de la Carre de Saumery, comtesse de Coëtlogon, à Messire Louis Joseph Plumard de Dangeul, on peut lire « … plus une autre ferme appelée la Jodelle située paroisse des Chapelles, consistant en plusieurs bâtiments avec leurs terres labourables et prés qui la composent ». On peut donc penser qu’au cours du temps, ce lieu-dit a emprunté son nom au poète, disparu en 1573. Il faut se faire une raison : Etienne Jodelle n’a jamais habité à La Houssaye et encore moins au Petit Limodin.
              Mais revenons au manoir du Limodin situé sur le territoire de La Houssaye.  Sur l’acte de vente des terres et seigneurie de La Houssaye par Antoine Bellanger à Pascal Gigault de Crisenoy, établi le 7 mars 1781, on peut lire : « … Plus le fief du petit Limodin en la paroisse de La Houssaye consistant en 8 arpents de terre  ou environ et en six livres de cens et champart… pour la somme de deux mille cent cinquante livres… ». A cette date, il n’est pas encore question de bâtiments sur cette terre, alors qu’Etienne Jodelle est décédé en 1573. D’ailleurs, la construction du Petit Limodin tel que nous le connaissons est datée du 18ème siècle par les Monuments Historiques. Certains éléments ont été classés en juin 1993 pour leur architecture briarde caractéristique : les façades et les toitures, la grille d’entrée, les douves et la pièce d’eau.
              A la mort de Pascal Gigault de Crisenoy, son fils aîné de Charles Catherine Marie de Crisenoy hérite de la terre de La Houssaye. En avril 1801, il vend celle-ci au Général Augereau. Mais si les fermes, dont celle de la Jodelle sur le territoire des Chapelles, figurent toujours sur l’acte de vente, il n’est plus question du fief du Petit Limodin ni d’une quelconque construction. Apparemment, les terres qui le composaient avaient fait partie d’une vente et étaient « sorties » de la seigneurie.
              Durant le 20ème siècle, le Manoir du Limodin a appartenu aux différentes grandes fortunes de La Houssaye, dont Monsieur Bastide. A présent, il est la propriété d’une société privée qui a aménagé une partie du bâtiment en gîte rural.

                                                                                                                             Serge Randon - Mars 2013

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